La librairie orientale H. Samuelian, un coin d’Orient dans un quartier latin
Nichée au cœur du Quartier latin, entre la Sorbonne et le jardin du Luxembourg, la librairie orientale H. Samuelian fut plus qu’un simple commerce de livres. Elle fut aussi maison d’édition, atelier de reliure, et surtout un carrefour intellectuel et communautaire. Depuis sa fondation en 1930 par Hrant Samuelian, elle s’est imposée comme un sanctuaire de la culture arménienne et un phare pour l’orientalisme à Paris.
À l’instar de l’église de la rue Jean-Goujon ou du journal Haratch, la Librairie orientale était une institution dans le Paris arménien. Ses vitrines débordantes de livres, son atmosphère boisée et feutrée, le parfum des livres anciens … tout contribuait à faire de cet endroit une enclave hors du temps. On y flânait, on y apprenait, on y discutait, on s’y rencontrait ; les frontières entre lecteurs, amis, chercheurs ou simples curieux s’y dissolvaient.
Né en 1891 à Marache en Cilicie (Turquie), rescapé des massacres hamidiens (1895), Hrant Samuelian est instruit dans les orphelinats de la région. Il étudie le droit à Constantinople et, officier de réserve dans l’armée ottomane, il est fait prisonnier par l’armée britannique en Palestine en 1918. Sa connaissance de l’arménien, du turc, du français, de l’arabe et l’anglais lui permettront de servir de traducteur. À la fin de la Première Guerre mondiale, il repart à Constantinople pour quitter définitivement l’Orient pour la France après le traité de Sèvres. Docteur en droit, journaliste, traducteur, éditeur, orateur respecté, il joua un rôle politique important dans la diaspora : membre du comité central de la FRA (Fédération Révolutionnaire Arménienne - Dachnaktsoutioun), président de la Délégation de la République arménienne en exil, fondateur du Comité de Défense de la Cause Arménienne. Il milite pour la reconnaissance du génocide et l’indépendance de l’Arménie. Mais, c’est surtout à travers la librairie Samuelian qu’il a su matérialiser son idéal : faire de la culture arménienne et orientale un pont entre les peuples, les générations et les continents.
La librairie Samuelian, c’était l’Orient dans toute sa diversité : des livres en arménien, arabe, persan, turc, russe, chinois ou japonais ; des ouvrages rares sur Byzance, la Perse, les civilisations d’Asie, les religions anciennes. C’était un lieu de rendez-vous pour les chercheurs du Collège de France, de l’INALCO, de la Sorbonne, pour les intellectuels exilés, pour les enfants de la diaspora en quête de racines. Elle a accueilli des figures intellectuelles et politiques prestigieuses comme Fernand Braudel, Georges Dumézil, David Ben Gourion, Missak Manouchian et Louis Aragon. La librairie servit même de décor au film autobiographique d’Henri Verneuil, 588 Rue Paradis. C’est également en face la librairie que Charles Aznavour vécut ses premières années. Au décès de leur père en 1977, ses enfants ont poursuivi son œuvre jusqu’en 2016. On y retrouvait l’odeur des vieux livres, la bienveillance et le sourire d’Alice, les conseils érudits et l’humour d’Armen (Serge). Tous deux ont publié, soutenu, guidé, conseillé, accueillant sans distinction étudiants en difficulté, chercheurs venus d’Arménie ou curieux de passage. Leur fidélité à la mémoire paternelle s’est doublée d’une passion éclairée pour les lettres, l’histoire, et les peuples de l’Orient. En 2007, Année de l’Arménie, ils furent décoré de la Légion d’Honneur.
Depuis sa fermeture, la librairie Samuelian est devenue un symbole. Elle incarne la résilience de la diaspora et la noblesse de l’engagement culturel.
Nicolas SAMUELIAN
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EXPOSITIONS
Mardi 10 juin de 11h à 12h30 et de 14h à 18h
Mercredi 11 juin de 11h à 12h30 et de 14h à 18h
Jeudi 12 juin de 11h à 12h
COMMISSAIRE-PRISEUR
Julien Rémaut
+33 (0)1 47 70 69 05
j.remaut@gros-delettrez.com
EXPERTS
Cabinet Le Prince
Lusine Hambardzumyan
Téléphone pendant les expositions et la vente
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