CHINE

Lot 143
200 000 - 300 000 €
Résultat : 200 000 €

CHINE

Rare gourde dite bao yue ping ou bian hu en porcelaine blanche, le corps de forme circulaire, la base légèrement concave laissée en biscuit, le col cylindrique légèrement évasé relié à l'épaulement par deux anses latérales en volute, décor en bleu sous couverte sur les deux faces de branches de litchis portant des fruits et fleurs (Litchi chinensis), sur la partie inférieure d'une frise de vagues écumantes, sur l'épaulement d'une frise de rinceaux et sur le col de feuilles de bananier. Dans le style des porcelaines du début de la dynastie Ming de la période Yongle, XVIIIème siècle, probablement Yongzheng (1723-1735), dynastie Qing. Haut. : 26,5 cm. Provenance : Ancienne collection Joseph Henry Barbet de Jouy (1812-1896) puis restée dans la famille jusqu'à aujourd'hui. Cette gourde est accompagnée d'un certifi cat de libre circulation La datation de cette gourde est cohérente avec le résultat du test de thermoluminescence eff ectué à Oxford le 8 mars 2007 n°P107f52, estimant la date de la première cuisson entre 400 et 250 ans. Quatre gourdes de la période Yongle (1403-1424) de cette forme, mais légèrement plus petites et décorées de branches de litchis fleuries sont aujourd'hui connues dont trois conservées dans des collections publiques : - L'une est au British Museum (fig.1), provenant de la collection de Harry Oppenheim, publiée par Jessica Harrison-Hall, Ming Ceramics, London, 2001, n°3.20, p. 109 (H. 25 cm). - Une autre conservée (fig.2) au Museum of Oriental Ceramics de Osaka, provenant de l'ancienne collection Alfred Clark et de la collection Ataka, exposée en janvier 1953 Loan exhibition of Chinese blue and white porcelain 14th to 19th century, The Oriental Ceramic Society, The Arts Council Gallery, n°45, pl.7, publiée par Sir Harry Garner, Oriental Blue and White, London, 1973, pl.30A et dans le catalogue Exhibition of Oriental Ceramics, Museum of Oriental Ceramics, Osaka, nov. 1982, pl. 36, p. 47. (H. 25,1 cm). - Une troisième gourde (fig.3) est aujourd'hui conservée au Matsuoka Museum of Art de Tokyo et reproduite par John Carswell, Blue and White, Chinese porcelain around the World, Londres, 2000, n°84, p.85. (H. 24,7 cm). - Une quatrième est passée en vente publique à Londres en 1977 (Sotheby's, Londres, 5 juillet 1977, lot 201, H.: 25 cm). Les vagues peintes sur cette dernière gourde sont très proches de celles figurant sur notre gourde, également stylisées et ombrées par des traits horizontaux. Les porcelaines reproduisant les modèles Ming étaient fortement appréciées par l'Empereur Yongzheng et d'après le Jiangxi tongzhi (Description Générale de la Province de Jiangxi) rédigé par Xie Min, gouverneur de la province de Jiangxi en 1732, il apparaît qu'un grand nombre de copies de porcelaines Ming étaient commandées par la Cour pour être exécutées dans les fours impériaux de Jingdezhen. La présence au Palace Museum de Pékin de copies de porcelaines des périodes Yongle et Xuande, exécutées sous le règne de Yongzheng le confirme (voir par exemple le vase à panse carrée, décoré de volubilis, portant la marque de l'Empereur Yongzheng et reproduisant un modèle Xuande ou le bassin décoré de vagues et motifs rayonnants d'après le modèle Yongle : Geng Baochang, Gugong Bowuyuan cang Ming chu qinhua ci, Beijing, 2002, vol.2, n° 186, p. 346-347 et n° 196, p. 364-365 et pour une discussion des porcelaines de la période Yongzheng inspirées des modèles du XVème siècle, voir Julian Thomson Chinese Porcelain: The S.C. Ko Tianmianlu Collection, Hong Kong, 1987, part II, p.29-30). Aucune gourde décorée de litchis datant du XVIIIème siècle reproduisant fidèlement le modèle Yongle ne semble répertoriée aujourd'hui. La gourde la plus proche (Sotheby's, New York, 3 juin 1992, lot 234) présente un grand nombre de variations par rapport au modèle Ming : une branche plus ramassée, les vagues dans un style très différent et dirigées de droite à gauche et les rinceaux entourant le col et non l'épaulement. Une autre gourde, plus éloignée encore, est décorée d'une branche de litchis verticale entre des frises de ruyi, le col décoré de bambous (Sotheby's, Hong Kong, 21 mai 1983, lot 120). Notre gourde suit au contraire fidèlement le modèle Yongle ; les seules différences de décor avec les exemplaires connus apparaissent sur l'épaulement et le col. La forme est légèrement plus étirée et les anses moins saillantes. En revanche, une comparaison de la gourde du British Museum et de la notre, placées côte à côte, a permis d'observer que le bleu et l'émail sont de couleurs similaires et que les deux gourdes ont une surface irrégulière très comparable. Notre, gourde, extrêmement bien exécutée, pour laquelle non seulement le dessin, la couleur mais l'aspect même de la porcelaine ont fait l'objet de la plus grande attention, est ainsi un témoignage passionnant d'une part de l'histoire de la céramique chinoise, lorsque les empereurs de la Dynastie Qing regardèrent avec admiration les porcelaines du début de la période Ming, qui elles-mêmes avaient trouvé inspiration dans les formes du Proche-Orient. Comme d'autres formes, réalisées en porcelaine, sous le règne de Yongle, le dessin de ces gourdes est en effet inspiré des gourdes de pèlerin d'origine étrangère plus anciennes, faites au Proche-Orient, notamment en Syrie au XIIIème siècle et généralement destinées à contenir du vin (voir par exemple la gourde conservée au Musée de la Cathédrale de Vienne et reproduite par Stefano Carboni, Islamic Glass East and West, Arts of Asia, vol. 37, mars 2007, n° 25, p. 94). Jessica Harrison-Hall (op. cit., p.109) note que le vin de litchi était consommé en Chine du Sud sous la Dynastie Ming et qu'il est probable que les gourdes en porcelaine décorées de litchi étaient destinées à contenir du vin de litchi. Le litchi est un symbole propice, évoquant les bons voeux pour la naissance d'un garçon. C'est aussi un symbole d'amour. La princesse Yang Guifei, concubine impériale du sixième empereur de la dynastie Tang, Xuanzong (712-756), avait une passion pour ce fruit. L'empereur les lui faisait parvenir depuis Canton jusqu'à son palais au Nord par un relais de gardes montés sur des chevaux rapides. Le litchi est cultivé en Chine depuis plus de 4000 ans, il a été décrit pour la première fois en Europe en 1782 par un naturaliste français, Pierre Sonnerat (1748-1814), dans le compte-rendu de son Voyage aux Indes orientales et à la Chine, fait depuis 1774 jusqu'à 1781.
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