Pablo PICASSO (1881-1973) - Lot 30

Lot n° 30
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Pablo PICASSO (1881-1973) - Lot 30
Pablo PICASSO (1881-1973) Tasse et verre, 1943 Huile sur toile. Datée au dos 26 juin (19)43. 27,5 x 41,5 cm © succession Picasso 2025 Certificat de Monsieur Michel BOHBOT en date du 5 novembre 1993. Attestation du Artloss Register Ref: S00256602, 15 avril 2025. Bibliographie : Reproduit dans le Catalogue Raisonné de Christian Zervos, volume 13, sous le n° 46 (reproduit en noir et blanc p47) Provenance : -Acquis auprès de l’Espace Beauvau, le 22 novembre 1993 (copie de la facture) L’année 1943 est une année importante pour Picasso tant au point de vue créatif qu’au point de vue personnel. Dans la rue des Grands-Augustins à Paris, où Picasso a son appartement-atelier, se trouve un restaurant, le Catalan, que l’artiste fréquente en raison de sa proximité ; mais aussi en raison de son nom et du fait que le propriétaire parle la langue catalane. Picasso y dîne régulièrement en compagnie de Dora Maar et c’est là, qu’un soir de fin mai 1943, il va faire la connaissance de Françoise Gilot qui va bientôt remplacer Dora dans sa vie. Il mène dans le même temps une vie conjugale harmonieuse, avec Marie- Thérèse Walter et leur fille Maya dans leur appartement, dans lequel il se rend plusieurs fois par semaine. Durant les années de guerre, le répertoire de Picasso est relativement restreint, se concentrant sur les portraits (Dora tragique, Marie-Thérèse et Maya heureuses), quelques nus, peu de paysages et surtout des natures mortes. Le goût de Picasso, pour la nature morte, qui perdurera toute sa vie, tient à plusieurs facteurs. À l’époque du cubisme, Picasso s’inscrit comme le continuateur d’une tradition de la peinture moderne, qui depuis Cézanne fait de ce genre, longtemps considéré comme mineur, le mode d’expression privilégié de la picturalité. Il est aussi l’héritier de la tradition espagnole des bodegones, ces natures mortes, humbles et mystiques, faites de quelques objets ordinaires. Enfin, la nature morte lui permet d’exprimer un certain nombre de thèmes récurrents et essentiels de son art : la nourriture, la présence du sacré dans les objets du quotidien ou le cycle de la vie et de la mort, d’où les nombreux crânes et vanités qui jalonnent toute son oeuvre. (cf. Marie-Laure Bernadac, Picasso et les choses, RMN 1992) En cette année 1943, les natures mortes sont tout à fait dominantes, entre simplicité et austérité, arrangement de deux objets sur un plan ou plus complexes avec une multiplication d’ustensiles. Ces derniers appartiennent à la cuisine (pichet, cafetière, coupe, plat, couteau, verre). Le peintre apprécie les objets du quotidien, notamment ceux de la cuisine de Marie-Thérèse. Parfois, il réplique son tableau, rendant plus lumineuse et riante une première version sombre. Ces objets témoignent, par leur banalité, de l’austérité de la période d’occupation : confinement de la vie dans la sphère privée et imagination réduite à l’espace du quotidien, de la maison et de l’intime La chronologie des oeuvres de Picasso est bien connue grâce au catalogue de Zervos. Le 10 mars 1943, Picasso réalise trois gouaches et aquarelles (ZXII, 275–276–278) avec quelques variantes : sur le plan d’une table, un verre cylindrique placé à gauche et une petite tasse à café aux formes arrondies et gracieuses se confrontent. Cette composition peut être déclinée plus synthétiquement dans les différentes versions. Il reprend ce même thème en octobre 1943, (ZXII,43-049). Notre tableau peint à la fin du mois de juin apparaît comme l’aboutissement de ces études, même si dans l’huile définitive la tasse et la soucoupe se sont angulées, cubisées fortement. Durant ces mêmes mois de mai et juin 1943, un autre type de natures mortes, répétées, oppose symétriquement, trois verres à un compotier rempli de cerises, motif probablement observé dans le restaurant « le Catalan ». Le 15 août 1943, il met face à face sur une même table un crâne et une lumineuse cruche de céramique jaune aux formes arrondies, colorées de liserés bleus, métaphore de la mort face à la plénitude de la vie. Dans Buffet et cerises, ce sont les enjouées petites touches rouges des cerises qui détonnent en contrepoint des formes anguleuses des verres. Cette dialectique de composition et d’objets se retrouve dans notre tableau. On ne peut s’empêcher, même si avec un peu d’audace, et notamment à partir des aquarelles initiales plus explicites, d’y voir l’opposition métaphorique des principes masculins et féminins. Notre tableau impressionne par la clarté, la simplicité de sa composition. La géométrisation simple des objets renvoie au cubisme primitif des années 1908 (Bol vert et flacon noir, musée de l’Hermitage, Saint-Pétersbourg, 1908). Ces retours rétrospectifs ne sont pas rares dans l’oeuvre de l’artiste. Le contraste prononcé d’un
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