Lobi - Lot 38

Lot n° 38
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Estimation :
18000 - 23000 EUR
Lobi - Lot 38
Lobi Statue féminine bateba Burkina Faso Bois à patine grisâtre H. 75 cm Provenance : Galerie 62 (René et Maud Garcia) Paris, 1970-1980 Collection Stéphane Kurc, Paris Les Lobi sont établis en Afrique de l’Ouest, principalement au sud-ouest du Burkina Faso, mais également au nord-ouest du Ghana et au nord-est de la Côte d’Ivoire. Leur société, fondée sur une organisation poli- tique non centralisée, a favorisé le développement de nombreuses « grandes maisons » ou thilduu, foyers familiaux abritant les autels dédiés aux thila, esprits de la brousse liés aux ancêtres divinisés. L’art des Lobi est ainsi indissociable d’un système religieux et cosmologique complexe, dans lequel les thila jouent le rôle d’intermédiaires entre les hommes et le dieu suprême, inaccessible directement. Les fi gures appelées bateba — qu’elles soient masculines ou féminines — sont des émanations de ces esprits. Loin d’être de simples représentations, elles sont perçues comme des entités actives, qu’il convient de maintenir dans un état de faveur par le biais de rituels, d’offrandes et d’un entretien attentif. Comme toujours dans les arts d’Afrique, la forme est indissociable de la fonction rituelle. Cette relation est ici exacerbée : l’imposante taille de cette fi gure (75 cm), sa posture hiératique et sa pré- sence saisissante traduisent avec force la puissance de l’esprit représenté. La monumentalité de l’oeuvre ne répond donc pas à un simple souci esthétique, mais manifeste la place centrale de ce thil dans le dispositif rituel domestique ou communautaire. La monumentalité de cette oeuvre renforce sa présence visuelle et spirituelle, et témoigne d’une volonté de traduction plastique de la puissance invisible du monde surnaturel. Le bois choisi, sa densité et la patine grisâtre — résultat probable d’un usage rituel prolongé (exposition à la fumée, manipulations, libations) — suggèrent l’intervention d’un sculpteur expérimenté, peut-être détenteur d’un certain grade initiatique. Selon les traditions lobi, le lien entre le sculpteur et le thil est essentiel : c’est l’esprit lui-même qui choisirait son médium, révélant une relation de cooptation spirituelle. Par son équilibre formel — entre volumes pleins et tension hiératique — cette statue féminine incarne avec force l’esthétique singulière des Lobi : sobriété expressive, verticalité marquée, et monumentalité contenue. Elle s’inscrit dans une tradition artistique où l’effi cacité rituelle prime sur l’ornementation, tout en portant la marque d’un atelier maîtrisant parfaitement les codes plastiques locaux. Un exemplaire très proche, probablement issu du même atelier, voire conçu comme pendant masculin de notre fi gure, fi gure en couver- ture de l’ouvrage Les bois qui murmurent / Whispering Woods, publié en 2016. Cette proximité formelle renforce l’hypothèse d’un couple rituel, destiné à agir de manière complémentaire dans le cadre d’un culte domestique ou clanique.
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