Ahmed CHERKAOUI (1934-1967) [MAROC] - Lot 45

Lot n° 45
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Estimation :
50000 - 80000 EUR
Ahmed CHERKAOUI (1934-1967) [MAROC] - Lot 45
Ahmed CHERKAOUI (1934-1967) [MAROC] Désirs, 1963 Huile sur toile. Signée, titrée et datée au dos. 47 x 62 cm Provenance: -Collection de madame D. -Obtenu par héritage de sa tante, Mme X, parisienne qui fréquentait les milieux artistiques marocains dans les années 50-60. Œuvre en rapport : l'Aurore, 1964, Huile sur toile, Cherkaoui, la passion du signe, sous la direction de Brahim Alaoui, Fondation Wafabank et Institut du Monde Arabe, p. 98-99. Droit de suite à la charge de l'acquéreur. Ahmed Cherkaoui est un artiste du croisement. Sa peinture réconcilie la tradition et la modernité, la spiritualité et la matière. S’inspirant des motifs berbères, des tatouages rituels, de la calligraphie arabe et de l’art décoratif islamique, il crée une œuvre abstraite profondément enracinée dans son identité marocaine. La peinture gestuelle en plein renouveau en France dans l’après-guerre trouve un écho dans la démarche artistique de Cherkaoui. Sa découverte du travail de Roger Bissière le mène à abandonner la figuration et la peinture de paysage pour se tourner vers l’abstraction. A ce titre, il est associé aux peintres de l’École de Paris et participe à leur exposition de 1962 à la Galerie Charpentier. En 1963, année de production de notre œuvre, il figure parmi les « Vingt peintres étrangers » exposant au Musée d’Art Moderne de paris. Au début des années 1960, Cherkaoui recentre son inspiration sur l’art populaire qui constitue une source d’inspiration importante pour son travail. Grâce à un répertoire consolidé au fil des années, son tracé devient de plus en plus dépouillé, s’assimilant à une calligraphie gestuelle d’une grande force expressive. Notre œuvre illustre les préoccupations de l’artiste à cette époque. La dominante de la composition est plutôt sombre, mais animée de lueurs incandescentes et structurantes qui telles un feu d’artifice, met en relief les signes et les formes implicites. Cherkaoui dispose ses motifs de manière à suggérer la profondeur et simuler des ombres, consolidant ainsi l’équilibre de la composition. L’abstraite conjonction de formes et de couleurs est une invitation à la méditation et la contemplation. Quelques repères bibliographiques : Ahmed Cherkaoui est issu d’un double héritage culturel. Sa mère, d’origine berbère et son père, adepte de la tradition soufie, l’élèvent dans un cadre spirituel. Initié très jeune à la calligraphie et la récitation du Coran, la lettre et le signe vont au cœur du travail de l’artiste. Cherkaoui grandit dans le Moyen Atlas marocain, entouré de paysages montagnards et de traditions populaires qui nourriront plus tard son imaginaire. Il poursuit des études secondaires à Casablanca et perfectionne son apprentissage de l’art de la lettre auprès d’un maître calligraphe réputé. Cherkaoui s’oriente progressivement vers la peinture. En 1956, il part à Paris et intègre l’École des Métiers d’Art, où il se forme aux arts graphiques. Diplômé en 1959 et spécialisé en publicité, il obtient rapidement un emploi de graphiste chez Pathé-Marconi pour réaliser des pochettes de disques. Par la suite, Cherkaoui s’oriente vers l’illustration. Ses premières œuvres peintes sont figuratives, représentant des paysages marocains, mais dès sa première exposition en 1959, il opte pour un support singulier : la toile de jute. En 1960, il est admis à l’École des Beaux-Arts de Paris. Une bourse lui permet d’étudier à l’Académie des Beaux-Arts de Varsovie pendant un an en 1961, un séjour décisif pour l’artiste. À son retour, il développe une série d’œuvres utilisant la toile de jute. De même que Paul Klee avant-guerre, l’introduction de la toile de jute collée, lui permet d’obtenir des œuvres texturées aux formats irréguliers. Fasciné par les tatouages berbères, les motifs des poteries, tapis et les symboles populaires, il se détourne du figuratif pour créer un vocabulaire plastique personnel. Un langage fait de formes élémentaires, de signes abstraits, de couleurs lumineuses et d’ombres profondes devient la marque de son œuvre. Mort prématurément à Casablanca en 1967 à l’âge de 32 ans, Cherkaoui a exercé une influence majeure sur la modernité artistique marocaine.
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