Exceptionnel ensemble de cinquante plats...

Lot 79
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600 000 - 800 000 EUR

Exceptionnel ensemble de cinquante plats...

Exceptionnel ensemble de cinquante plats ronds à décor polychrome des émaux de la famille verte au centre de scènes de tournoi ou d'entraînement au combat de guerrières de la famille Yang galopant à cheval autour d'un jardin clôturé sous l'oeil d'une femme et ses servantes depuis une terrasse ; l'aile décorée en bleu, rouge, vert et or dans le style Imari de fleurs de lotus, pivoines et chrysanthèmes sur des rinceaux feuillagés, le revers de l'aile décoré en bleu, rouge et or de branches de pivoines fleuries. Chine. Époque Kangxi (1662-1722), vers 1710-1720 Diamètre : deux plats de 53,7 cm, un plat de 49 cm, un plat de 48,3 cm, trois plats de 43,2 cm, deux plats de 42,8 cm, trois plats de 39 cm, cinq plats de 38,7 cm, quatre plats de 38,4 cm, vingt-neuf plats de 34 cm. Un plat cassé et réparé, huit plats avec fêlure, quelques éclats. Les plats ont au revers une ancienne étiquette portant l'inscription Zamek Lancucki pour château de Lancut (Pologne) et quelques-uns la mention au crayon Szafa I à IV signifiant armoire. Provenance Probablement ancienne collection de la princesse Isabella Lubomirska (née Czartoryska), (1736-1816) ; Ancienne collection des comtes Potocki au château de Lancut (Pologne). La légende des Femmes Générales Les scènes représentées au centre des plats illustrent l'entraînement des femmes générales de la famille Yang sous la dynastie Song. Les hommes et les femmes de cette famille étaient des guerriers réputés et les domestiques eux-mêmes devaient s'entraîner, l'ensemble fonctionnant comme une armée privée. Pendant trois générations, les généraux de la famille Yang défendirent la Chine et l'Empereur contre les envahisseurs Mongols. Lors d'un guetapens, les généraux, trahis, sont tués et leurs femmes reprennent le combat pour venger la mort de leurs maris. Sur nos plats, les femmes générales s'entrainent au combat avec des cravaches au lieu d'épées. Sur un grand nombre de ces plats, une cavalière est représentée ajustant son chignon, tenant sa cravache entre les dents. Leurs vêtements colorés, les expressions de gaité sur les visages semblent contredire la violence de leur mission. Au début du XVIIIème siècle, six siècles plus tard, il s'agit moins d'illustrer le récit d'une terrible vengeance que d'évoquer un conte vertueux se terminant heureusement. Une provenance polonaise Un ensemble aussi important de plats, par leur nombre, leur taille et leur décor - et dont nous n'avons aujourd'hui sous les yeux très probablement qu'une partie - est naturellement à mettre en relation avec les quelques grandes collections de porcelaines asiatiques constituées au début du XVIIIème siècle, aux premiers rangs desquelles trône celle d'Auguste II dit le Fort, Electeur de Saxe et Roi de Pologne (1670-1733). C'est à partir de 1715 qu'Auguste le Fort réalise des acquisitions importantes de porcelaines, l'une des plus célèbres étant l'échange qu'il fit en 1717 avec Frédéric-Guillaume 1er de Prusse de 600 cavaliers saxons contre 151 porcelaines qui provenaient des châteaux d'Oranienbourg et de Charlottenbourg. Avant 1727, l'Electeur de Saxe avait réussi à réunir à Dresde environ 24.000 pièces de porcelaine chinoises et japonaises. Notre ensemble de cinquante plats provient du château de Lancut, grand château de 308 pièces situé au sud de la Pologne. Chaque plat porte au revers une étiquette mentionnant cette provenance (voir page 100) et ils sont également photographiés en 1932-33 à l'intérieur du château de Lancut (reproduits par J. Piotrowski, Castel in Lancut, Lwów, 1933). Les photographies montrent que les plats sont à ce moment disposés dans plusieurs pièces du château : une partie aux murs de la grande salle à manger blanche, d'autre aux murs de la salle des colonnes, quelques-uns dans une armoire de Charles-André Boulle dans un couloir, un autre dans l'appartement chinois, enfin une douzaine photographiés isolement sur des étagères (photographies reproduites page 100). La date à laquelle ses plats rejoignent Lancut n'est pas déterminée mais il n'est pas improbable qu'ils y parviennent dès le XVIIIème siècle, lorsque le château appartient au prince, maréchal de la Couronne, et à la princesse Lubormirski. Le château de Lancut fut redécoré et remeublé par Stanislas Lubormirski (1722-1783) et sa femme Isabella Czartoryska (1736- 1816). Ils créent notamment, avec l'aide de l'architecte Vincenzo Brenna au début des années 1780 un appartement chinois composé de trois pièces et garnis d'objets chinois en bronze, laque et porcelaine. Après la mort de son mari, elle séjourne à Paris, devenant amie intime de Marie Antoinette, puis revient à Lancut après la Révolution avec un convoi de vingt voitures chargées de mobilier et d'objets d'art (Pierre Verlet, French Royal Furniture, Paris, 1963, p. 69). Isabella Lubormirska avait également hérité du château de Wilanow près de Varsovie. Ce palais avait appartenu à Auguste le Fort entre 1730 et 1733 qui avait fait de nombreux changements dans la décoration intérieure. En 1800, Isabella Lubormirska transmet le château de Wilanow à sa fille Aleksandra et son gendre, Stanislas Kostka Potocki. Dans une lettre adressée le 2 octobre 1800 à sa femme, Stanislas Kostka Potocki évoque des porcelaines de Meissen qu'il vient d'acheter afin de compléter la collection d'objets en porcelaine du palais de Wilanow, précisant que ses nouvelles acquisitions remplaceraient avantageusement les porcelaines emportées à Lancut par sa bellemère, la princesse Lubormirska. L'hypothèse suivant laquelle notre ensemble de plats aurait rejoint le château de Wilanow avec Auguste le Fort puis le château de Lancut avec Isabella Lubormirska est séduisante. Elle est d'autant plus plausible qu'est inventorié en 1721 un nombre important de Kutchenservice au Palais japonais de Dresde dont un grand ensemble Famille verte à broderie, absent des collections aujourd'hui et que par ailleurs, sont toujours conservées au Palais de Wilanow des porcelaines de Meissen et notamment des grès de Böttger ayant appartenues à Auguste le Fort, arrivées avec lui en Pologne en 1730. Ces plats ont toutefois pu être achetés au XIXème siècle. A la mort de la princesse maréchale en 1816, son petit-fils, le comte Alfred 1er Potocki hérite du château de Lancut et continue d'enrichir les collections achetant régulièrement à Londres, Paris et Vienne. En 1944, son descendant, Alfred Potocki est autorisé à quitter la Pologne et emporte par train la majeure partie des collections placée dans 600 caisses remplies de peintures, mobiliers et porcelaines à Vienne, puis Paris et New York où, petit à petit, la collection sera vendue et dispersée. Quelques plats de décor similaires, provenant sans doute initialement du même ensemble sont apparus en vente publique : Deux plats de 42,5 cm, vente Sotheby's, Monaco, 27 mai 1980, lot 913, un grand plat de 54 cm, vente Christie's, Rome, 29 mai 1990, lot 102, deux autres plats vendus par Sotheby's Londres le 10 mai 1994, lot 72, et deux plats vendus par Sotheby's New York, 23 octobre 2004, lot 32 et 33 (diam. : 19,2 et 48,8 cm). Chaque plat porte au revers une étiquette mentionnant la provenance du château de Lancut, grand château de 308 pièces situé au sud de la Pologne Les plats sont photographiés en 1932-33 à l'intérieur du château de Lancut (reproduits par J. Piotrowski, Castel in Lancut, Lwów, 1933). Les photographies montrent que les plats sont à ce moment disposés dans plusieurs pièces du château : une partie aux murs de la grande salle à manger blanche (A), d'autre aux murs de la salle des colonnes, quelques-uns dans une armoire de Charles-André Boulle (B) dans un couloir, un autre dans l'appartement chinois, enfin une douzaine photographiés isolement sur des étagères (C). Bibliographie : E. Ströber, La maladie de porcelaine, East Asian Porcelain from the Collection of Augustus the Strong, 2001. U. Pietsch, A. Loesch, E. Ströber, China, Japan, Meissen, the Dresden Collection, 2006. M. Cassidy-Geiger, Fragile Diplomacy: Meissen Porcelain for European Courts, 1710-1763 (Bard Graduate Centre, 2007. W. Fija?kowski, Wilanów. Rezydencja Króla Zwyci?zcy (Wilanów. The residence of the Victorious King), 1983. J. Piotrowski, Castel in Lancut, Lwów, 1933
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