Pierre PUVIS DE CHAVANNES (1824-1898)

Lot 51
Aller au lot
1 200 000 - 1 500 000 EUR

Pierre PUVIS DE CHAVANNES (1824-1898)

Jeune noir au sabre Huile sur toile signée et datée en bas à gauche P. Puvis Ch 1850. 103 x 77,5 cm Certificat d'authenticité du Comité Puvis de Chavannes. Provenance : Famille de l'artiste Bibliographie / Literature : - R. Jullian, Gazette des Beaux Arts, numéro 56, 1938, p. 240-243. - cf. Voir catalogues d'expositions (Paris, Ottawa, Amsterdam et Amiens). Expositions / Exhibitions : - Puvis de Chavannes 1824-1898, Paris, Grand Palais 26 novembre 1976- 14 février 1977 (reproduit dans le catalogue) - Puvis de Chavannes 1824-1898, Ottawa, Galerie National du Canada 18 mars 1977- 1er mai 1977 (reproduit dans le catalgue) - Pierre Puvis de Chavannes, Amsterdam, Van Gogh Museum, 25 février- 29 mai 1994 (reproduit dans le catalogue) - Puvis de Chavannes, Une voie singulière au siècle de l'impressionnisme, Amiens, Musée de Picardie, 5 novembre 2005- 12 mars 2006 (reproduit dans le catalogue) 1. Jeune Noir au Sabre (1850). L'Orient guerrier est l'un des thèmes favoris des peintres de l'Ecole Romantique : dans les années 1830/1850, Delacroix, Chasseriau, placent de fiers combattants au coeur de batailles ou parfois seul chevauchant dans des paysages crépusculaires et orageux. Puvis de Chavannes, en 1850 sous l'influence de Chasseriau nous donne une représentation d'un adolescent armé (esclave ou mercenaire?) dans ce même type de paysage. La nudité du personnage doit être interprétée comme une nudité antique. Mais le tableau ébloui par la beauté plastique du corps de l'adolescent autant qu'il étonne par sa signification mystérieuse : l'incendie d'une maison, au loin sur la colline laisse à penser, que le jeune soldat est indifférent ou inconscient de la tragédie qui se joue. La nonchalance sensuelle et silencieuse, la lourde épée disproportionnée portée par lui comme un jouet, les reflets de lumière sur la peau bistrée, font de cette image troublante un chef d'oeuvre de la peinture orientaliste. Venue tout droit de Delacroix et surtout de Chasseriau, Puvis égale dès l'âge de 26 ans ses illustres aînés. 2. Puvis de Chavannes : du Romantisme aux Avant-gardes du XXème siècle. L'Art de Puvis de Chavannes s'est manifesté principalement dans des vastes surfaces intégrées à l'architecture. Bien qu'en rupture avec le style Académique, il a réalisé des décors muraux suite à de très nombreuses commandes publiques : Musée d'Amiens, Musée de Marseille, Musée de Lyon, Musée de Rouen, Escalier de l'Hôtel de Ville de Poitiers , Escalier de l'Hôtel de Ville de Paris (1891), Cycle du Panthéon (1874-1898) et de la Sorbonne à Paris, Décor de la Bibliothèque de Boston (1881-1891). Après des débuts romantiques, Puvis fut sous l'influence des grands fresquistes italiens de la Renaissance. Son Art de maturité, tout de simplicité, de synthèse, de silence eut une influence comme souterraine sur tous les mouvements d'Avant-garde. L'Exposition du Palazzo GRASSI à Venise (2002) : De Puvis de Chavannes à Matisse et Picasso, Vers l'Art Moderne démontra sa paternité directe à l'égard de toute la modernité picturale : les Néo-impressionnistes, Gauguin, Van Gogh et les Nabis Matisse et Picasso lui sont également fortement redevables. 1. Young Black with Sword (1850) The Oriental warrior is one of the favourite themes of the painters of the Romantic School: in the years 1830 - 1850 Delacroix and Chasseriau placed proud warriors at the centre of battles or sometimes alone, riding in the middle of crepuscular and stormy landscapes. Puvis de Chavannes, in 1850 under the influence of Chasseriau, paints such an armed adolescent (slave or mercenary?) in this same type of landscape. The nudity of the character must be interpreted as ancient nudity. The painting stuns through the physical beauty of the youth and astonishes by its mysterious meaning: the burning house on a hill makes us think that the young soldier is indifferent or unaware of the tragedy that unfurls in the distance. The silent and nonchalant sensuality, the disproportionate heavy sword worn like a toy, and the reflections of light on the brown skin make this unsettling image a masterpiece of the Orientalist painting. Influenced by Delacroix and mostly Chasseriau, Puvis equals his masters at the young age of 26. 2. Puvis de Chavannes: from Romanticism to the Avant-garde of the XXth century. Puvis de Chavannes placed his art within the large spaces reserved mostly to architecture. Distancing himself from the Academic style, he produced decorative paintings commissioned by numerous public buildings: the Museum of Amiens, the Museum of Marseille, the Museum of Lyon, the Museum of Rouen, the staircase of City Hall of Poitiers, the staircase of City Hall of Paris (1891), the Cycle of Panthéon (1874 - 1898) and of Sorbonne in Paris, and the decoration of the Boston Library (1881 - 1891). After starting his work in the Romantic style, Puvis was influenced by the great Italian fresco painters of the Renaissance. The art of his maturity, full of simplicity, synthesis, and silence, had an underground influence on all Avant-garde movements. The Exhibition of the Palazzo GRASSI in Venice (2002): From Puvis de Chavannes to Matisse and Picasso, Towards Modern Art, demonstrates his direct affiliation regarding all pictorial modernism: the Neo-Impressionists, Gauguin, Van Gogh and les Nabis also, Matisse and Picasso are strongly indebted to him. Le Négrillon à l'épée, un hommage à l'esclavage aboli. Au milieu du XIX° siècle, la question de l' abolition de l' esclavage restait brulante. S'il avait été aboli en 1833 en Angleterre ou en 1847 dans l'empire Ottoman, il restait en vigueur dans bon nombre de pays. Ainsi les états du sud des Etats-Unis restaient esclavagistes, et il faudra attendre 1865 et la fin de la guerre de sécession pour que soit aboli l' esclavage sur l'ensemble du territoire américain. En France, il avait interdit par la Convention en 1794, mais Napoléon l' avait rétabli dans les Antilles en 1802. Sous l' impulsion du ministre Victor Schoelcher, le décret d' abolition définitive de l' esclavage fut promulgué le 27 avril 1848. En abolissant l' esclavage « dans toutes les colonies et possessions françaises », il rendait la liberté à quelques deux cent cinquante mille personnes. L' application de ce décret n' alla cependant pas sans heurt. Dans les Antilles françaises, de nombreux propriétaires fonciers tentèrent de passer outre, arguant notamment du « mauvais usage de la liberté » qu'en feraient nécessairement les affranchis ! Le climat insurrectionnel était tel qu'en 1850, des députés demandèrent d' instaurer l' état d' urgence en Guadeloupe. On comprend qu'en cette époque troublée, l' humaniste épris d'indépendance qu' était Puvis de Chavannes ait voulu rendre un hommage vibrant à cette liberté encore fragile. Avec Le Négrillon à l' épée, il se positionne de façon très claire : Une page se tourne dans cette scène baignée par la lumière du crépuscule, alors que brule à l' horizon l' un des derniers feux de l' insurrection. Bien que probablement inspirée par les évènements de 1850, cette oeuvre a plus d' un hymne à la liberté que d' une peinture d' histoire. A son adolescent d' origine africaine, Puvis donne en effet tous les attributs du dieu Mithra. Epris de culture grecque et latine, il ne pouvait ignorer ce qu'en écrivait notamment Plutarque : Dieu d'origine indo-iranienne, Mithra était aussi le dieu de ceux qui défendent la liberté et la parole donnée, notamment les soldats. Plutarque rapporte que des pirates mithraïtes, capturés et réduits en esclavages par les romains, auraient répandu leurs croyances en Italie. Religion très populaire dans tout le moyen-orient, le mithraïsme connut en Italie un essor considérable jusqu' au V° siècle de notre hère. Mithra était généralement représenté sous les traits d' un homme jeune, coiffé d' un bonnet phrygien, porteur d' un glaive et vêtu d' une tunique verte. Dans la peinture de Puvis, le jeune négrillon porte le bonnet phrygien, reconnaissable ici à sa couleur traditionnellement rouge et à la « corne » visible à droite*. Ce bonnet d'origine orientale est né en Phrygie au VIII° siècle avant notre ère, où il fut porté par le roi Midas. Devenu symbole de liberté, il coiffait les esclaves affranchis de l' empire romain. Il fut aussi symbole de liberté lors de la guerre d'indépendance aux Etats-Unis, puis pendant la révolution française : il coiffe depuis Marianne, figure symbolique de la trilogie « liberté, égalité, fraternité ». Le Négrillon tient fermement en main l'un des autres attributs de Mithra : l' épée. Le Code Noir, édicté par Louis XIV en 1685 et règlementant le statut des esclaves, leur interdisait « de porter aucune arme offensive, ni gros bâton ». En l'armant ainsi, Puvis peint non seulement un homme libre, mais il lui octroie aussi ce qui fut jusqu'au XVIII° un privilège de la noblesse : le port de l' épée. Assis sur sa tunique verte, le Négrillon a un corps musclé qui dit le courage et la force, alors que son visage encore adolescent symbolise la jeunesse et l' avenir. Dans sa notice pour ce tableau**, Brow--Price fait un parallèle entre le Négrillon et L' Espérance, peint à la fin de la guerre de 70. Il y a en effet une similitude dans la composition des deux peintures. Mais le rapprochement semble s'imposer d'autant plus que l'une et l' autre figures ont en main un symbole de liberté ( l'épée et le rameau) et disent, par leur jeune âge, l' avenir. Dans cette peinture sobre, on retrouve les tons chauds de Delacroix et Chassériau. En procédant par larges touches, Puvis est déjà ici étrangement « moderne ». Avec le très célèbre « Marseille, porte de l' Orient » du Musée des Beaux-Arts de Marseille, le Négrillon à l' épée est l'une des très rares peintures à connotation orientaliste du peintre. Dans cette magnifique peinture, « la sobriété n' exclut pas la vérité (...) et on sent l' humanité sous le symbole », comme l'écrivait Emile Zola à propos de l' ensemble de l' oeuvre de Puvis de Chavannes . *qu'il soit rond, plat ou allongé, le bonnet phrygien se reconnait à la présence d'une ou deux cornes. **Catalogue exposition « Puvis de chavannes », Musée Van Gogh, Amsterdam, 1994. The Piccaninny with a Sword, a homage to the abolishment of slavery In the middle of the 19th century, the abolishment of slavery was a burning issue. Even though it had been abolished in 1833 in England and in 1847 in the Ottoman empire, it was still being practiced in quite a few countries. The southern states of America were still slave states, and it's only in 1865 at the end of the American civil war, that slavery was abolished from all American states. In France the covenant of 1794 banned the practice of slavery, but Napoleon reinstated it in the West Indies in 1802. At the behest of the minister Victor Schoelcher , the decree abolishing slavery for good was promulgated on 27 April 1848. By abolishing slavery "in all the French colonies and territories" he set almost two hundred fifty thousand people free. However there was opposition to the implementation of this decree. In the French West Indies many land owners tried to carry on with this practice regardless of the decree. Their main argument was the "the misuse of freedom" by the freed slaves! The atmosphere of open rebellion was such that in 1850, deputies asked to declare a state of emergency in Guadeloupe. It is understandable that during those troubled times Puvis de Chavannes, a humanist with a great love for independence, wanted to pay a vibrant homage to this still fragile liberty. With The Piccaninny with a Sword, he takes a very clear stand: A page is being turned upon this scene bathed in twilight, while in the horizon the last flames of the rebellion are still burning. Though most probably inspired by the events of 1850, this work besides being a hymn to liberty also portrays history. In the painting Puvis endows this adolescent of African origin with all the attributes of the God Mithra. Enamoured with Greek and Latin culture, he could not ignore, especially what Plutarch wrote about him: Persian God of light of indo Iranian origin, Mithra is also the God of those who defend liberty and a promise given, especially of soldiers. Mithraism, was a very popular religion in the middle eastern countries. Plutarch wrote that Mithraic pirates who were captured and sold into slavery by the Romans spread their belief in Italy. Mithraism was widespread till the 5th century of our era. Mithra was generally represented as a young man , with a Phrygian cap, holding a two-edged sword and dressed in a green tunic. In the painting of Puvis, the young piccaninny is wearing a Phrygian cap which can be identified because of its traditional red colour and its peaked top, visible on the right*. This cap of oriental origin was first created in Phrygia in the 8th century B.C and was worn by the king Midas. It became a symbol of liberty and was donned by the slaves who were freed in the Roman empire. It was also a symbol of liberty during the war of independence in the United States and subsequently during the French revolution. Since then Marianne the symbolic figure of the trilogy "liberty, equality and fraternity" has been depicted wearing it. The piccaninny holds in his hand firmly the other attributes of Mithra: the sword, the Black Code decreed by Louis XIV in 1685 defining the status of slaves, forbidding them "to carry either weapons that can harm or a big stick." By equipping him in this manner, Puvis painted not only a free man but also bestowed him with a privilege which till the 18th century was the prerogative of the nobility, that of carrying a sword. Seated on his green tunic, the piccaninny has a muscular body suggesting courage and strength while his face which is that of an adolescent, symbolises youth and the future. In his note on this painting**, Brow-Price draws a parallel between The Piccaninny and Hope, which was painted at the end of the 70s war. There are indeed similarities between the composition of the two paintings But otherwise too the comparison seems inevitable, since both the personages hold symbols of liberty ( the sword and the branch) and because of their youth represent the future. In this sober painting we find the warm colour tones of Delacroix and Chassériau. Using large brush strokes, Puvis here is strangely "modern." Along with the famous "Marseille, porte de L'Orient" ( Marseille, gateway to the East ) of the Musée des Beaux-Arts of Marseille, The Picaninny with the Sword is one of the painter's rare paintings with oriental connotations. In this magnificent painting, "sobriety doesn't exclude the truth (...) and we sense humanity underlying the symbol" as Emile Zola commented on all the works of Puvis de Chavannes . * whether it is round, flat or elongated, the phrygian bonnet is characterised by either one or two peaks. **Catalogue of the exhibition "Puvis de chavannes" Van Gogh Museum, Amsterdam, 1994. Louise d' Argencourt. Ex curator of the National Gallery of Canada Bertrand Puvis de Chavannes. President of the Pierre Puvis de Chavannes committee
My orders
Sale information
Sales conditions
Retourner au catalogue