La Renaissance réinventée - Collection autour d'Alfred André


Le Goût pour la Renaissance et la vogue du collectionnisme

Le XIXe siècle a été profondément marqué par une inspiration et une réinterprétation des styles du passé, de l’Antiquité, en passant par l’Egypte, le Moyen-Age ou encore le XVIIIe siècle. Dans cette mouvance historiciste, la Renaissance occupe une place particulière dès les années 1820-1830, tant en France qu’en Europe (Allemagne, Autriche, Hongrie…).

Ce goût pour la Renaissance s’accompagne d’une vogue du collectionnisme : de nombreux collectionneurs à travers l’Europe développent cette passion pour l’orfèvrerie, les émaux, le mobilier, les textiles et les bijoux. Parmi cette génération de collectionneurs nous pouvons citer Fidel Debruge-Dumesnil, Charles Sauvageot, John Pierpont Morgan, Benjamin Altman, les Rothschild (Mayer Carl à Francfort, son cousin Ferdinand à Londres…).

Tels des princes de la Renaissance, ils avaient le désir de constituer des cabinets de curiosité composés d’objets rares, précieux et convoités, s’entourant ainsi de marchands spécialisés, notamment de Frédéric Spitzer, l’un des plus importants négociants d’art de la seconde moitié du XIXe siècle.
 
 
            
Attribué à Alfred ANDRÉ
Pendentif « Vénus et Cupidon assis
dans une nef
 »
Attribué à Alfred ANDRÉ
Pendentif « Cheval marin monté par un
cavalier debout 
»
 



Les créations joaillières néo-Renaissance et les figures des Restaurateurs

La production de bijoux néo-Renaissance apparait très tôt au XIXe siècle et s’intensifie dans les années 1860, jusqu’au début du XXe siècle. Les grandes maisons joaillières françaises – Froment Meurice, Falize, Fouquet, Wiese ou encore René Lalique - réalisèrent des pièces néo-Renaissance, ainsi que des restaurateurs de pièces originales, tels que Reinhold Vasters (1827-1909) et Alfred André (1839-1919).
Vasters, installé à Aix la Chapelle et André, installé à Paris, étaient des restaurateurs de pièces originales, à la tête d’importants ateliers de restauration. La production de pièces néo-Renaissance par leurs ateliers fut considérable, correspondant à la hauteur de la demande pour des pièces « Renaissance » durant la seconde moitié du XIXe siècle. Ces figures sont très intéressantes car, ayant été en contact avec les œuvres authentiques, elles étaient les plus à même de connaitre les techniques et les matériaux, ainsi que les modes de fabrication et d’assemblage.
Les pendentifs, pièces incontournables de la bijouterie Renaissance, incarnent des pièces emblématiques que se devaient de posséder tous les collectionneurs du XIXe siècle, en France et à l’étranger.

 
            
Attribué à Alfred ANDRÉ
Pendentif « Cupidon dans une nef »

 
Attribué à Alfred ANDRÉ
Sujet décoratif « Figure allégorique
chevauchant un monstre marin 
»



L'attribution des pièces à Alfred André et son atelier

L’attribution de bijoux de style néo-Renaissance à Alfred André et Reinhold Vasters est récente : elle n’a été établie qu’à partir des années 1980-1990, suscitant un bouleversement dans le monde de la conservation, à la suite de la découverte de dessins et moules respectivement produits par Vasters et André. En effet, suites à ces recherches muséales, les attributions anciennes faites pour les bijoux dits « Renaissance » ont été déclassées par les musées (tels que la National Gallery de Washington, Le Kunsthistorishes museum de Vienne, le Victoria &Albert Musuem de Londres…), pièces à présent considérées comme du XIXe siècle.

L’étude cruciale concernant la production d’Alfred André est celle de Rudolf Distelberger, conservateur en charge des objets précieux de la Kunstkammer du Kunshitorisches Museum de Vienne. Invité par la National Gallery de Washington afin d’examiner six bijoux « Renaissance », les conclusions du conservateur sont irrévocables : les six pendentifs sont déclassés et considérés comme réalisés au XIXe siècle par Alfred André et son atelier.
Ces différentes réattributions ont notamment été permises par la découverte et l’étude par Rudolf Distelberger des moulages d’Alfred André, conservés par la Maison André - alors toujours active dans le monde de la restauration -.
 
Ces nombreux modèles et moulages redécouverts constituent une source d'informations extraordinaire, mettant en lumière le fait que l'atelier ne se consacrait pas uniquement à la restauration, mais s’adonnait également à la reproduction d'objets anciens de collection et même à la création de pièces de style Renaissance.
 
La dernière étude en date concernant André est celle menée par la Galerie Kugel, en collaboration avec Rudolf Distelberger, permettant l’organisation à Paris de l’Exposition « Joyaux Renaissance » et la publication d’un ouvrage de référence sur les bijoux Renaissance et sur Alfred André, de nombreux moules de l’atelier étant reproduits.
 
Au sein de notre collection, quatre pièces sur cinq peuvent être attribuées à Alfred André, le plus célèbre restaurateur de la seconde moitié du XIXe siècle : Les trois pendentifs « Vénus et Cupidon assis dans une nef », « Cheval marin monté par un cavalier debout » et « Cupidon dans une nef », ainsi que le sujet « Figure allégorique chevauchant un monstre marin ». Le dernier sujet s’inscrit dans la vogue des objets néo-Renaissance, tels que produits par Alfred André ou Reinhold Vasters.



Bibliographie (par ordre chronologique) :
 
* TRUMAN, Charles, Reinhold Vasters, The last of the goldsmisths?, Connoisseur, volume 200, Londres, Mars 1979.
* HACKENBROCH, Yvonne, Renaissance jewellery, London and Munich, 1979.
* DISTELBERGER, Rudolf, Western Decorative Arts, Part I, National Gallery of Art, Washington, chapiter “Jewels”, p. 282-305, 1993.
* KUGEL, Alexis, en collaboration avec DISTELGERBER, Rudolf et BIMBENET-PRIVAT, Michèle, Joyaux Renaissance, J. Kugel, 2000.
* ROHOU, Julie (dir.), D’or et d’éclat, Le bijou à la Renaissance, In Fine Editions d’art, 2025